Tombe la neige

Cet été, mon éditrice chez HQN, Sophie, pour ne pas la nommer, m’envoie un mail me disant, en substance : « Chère Angéla, nous aimerions bien, si vous en avez envie, que vous écriviez une nouvelle sur le thème de la St Valentin. »

Ecrire sur commande, c’est quelque chose qui paradoxalement m’amuse et me plaît bien.

En revanche, la St Valentin, comment dire… Bof. Oui, voilà. Bof. Parfait résumé, tout en densité et en précision, du sentiment qui m’anime lorsque je pense à cette fête (*mode je raconte ma laïfe*  15 ans de mariage, 0 St Valentin, ça vous donne une idée de mon degré d’intérêt) (les auteures de romances ne sont pas forcément romantiques, un mythe s’effondre, je sais)

Bon, me suis-je dit, St Valentin = 14 février = hiver. Et là, allez savoir pourquoi, j’ai pensé au Québec.

Le Québec, j’y ai une amie chère et j’y ai passé 12 jours en mars 2013. 12 jours géniaux, pendant lesquels je me suis perdue en raquette, j’ai fait du ski (un exploit), j’ai bu plus que de coutume et j’ai vécu une expérience assez humiliante (mais très drôle vue du sol) en hydravion.

J’ai donc décidé d’écrire une nouvelle de St Valentin au Québec. Voilà, comme ça, paf, en 10 secondes, j’avais mon histoire.

Celle d’une Française un peu paumée qui part passer ses vacances là-bas sans avoir pris la mesure du froid polaire qui y règne (toute ressemblance avec une Française existant ou ayant existé est évidemment purement fortuite) et qui se retrouve en rade à l’aéroport de La Baie, dans le Saguenay, où elle est prise en charge par un autochtone en chemise à carreaux (je n’ai croisé aucun québécois portant une chemise à carreaux, je ne sais pas d’où sort ce fantasme, mais je soupçonne mon cerveau reptilien de vivre sa vie, tranquille pépère).

J’ai donc écrit ma nouvelle, aidée par Karine, mon amie québécoise, qui a relu tous les dialogues et a tout corrigé avec une patience infinie pour que tout sonne québécois.

Et au final, ça donne ça : HQN_AVISDETEMPETE_EBK_1COUV qui sortira le 6 février en numérique.

Une nouvelle de 38 pages pleine de cuterie et de jolis dialogues, dans la lignée de « Sous le gui » plutôt que de « L’homme idéal (en mieux) » mais comme vous avez été plusieurs milliers à télécharger « Sous le gui », j’ose espérer que vous serez très nombreux à aimer Candice et Martin.😉

TAG de la PAL

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas répondu à un tag (limite, je ne savais plus ce que c’était) et en cette période un brin morose (et pour une fois, ce n’est pas la faute du temps puisque le soleil est de sortie sur la capitale, ça nous change), Karine m’invite à revenir à nos premières amours, les livres et la fameuse PAL, la Pile à Lire, ce monstre qui peut parfois nous échapper. J’ai longtemps eu une PAL gigantesque, voire tentaculaire, qui avait fini par atteindre plus de 500 bouquins (voire 600) (ceux qui l’ont vue de visu pensent même qu’elle contenait facilement 700 bouquins). (Pour les âmes sensibles qui se demandent comment on peut en arriver là, je n’aurais qu’une réponse : un égarement.) (Et Gibert.) (Et un blog pas mal visité qui me valait des Services de Presse tous les jours.) (Et Gibert.) (Et… bref.) (La vie de Lectrice Compulsive Anonyme c’est pas facile tous les jours.)

Mais en juin dernier j’ai déménagé, et j’en ai profité pour me livrer à un désherbage assez drastique. Voilà donc ma PAL.

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Elle est riquiqui, non ? Voire minusculoune.

(Non, vous ne rêvez pas, il y a un David Tennant en peluche élégamment posé dessus. Je l’aime d’amour. Et un lézaroïde gagné à la fête foraine (j’ai un talent certain pour le tir à la carabine, ne soyez pas jaloux, c’est comme ça, c’est inné, comme mon bon goût et mes cheveux frisés).) (Je crois aussi qu’on voit un mouton se balader en liberté, parce que je refuse de les parquer sous le lit, je trouve ça cruel.)

Bon, en fait je triche : 1. elle est divisée en deux, voire en trois et je n’ai pas fait de photos du reste, joliment égayé sur mes étagères. 2. j’en ai deux fois plus sur mon Kindle, mais ça ne se voit pas donc ça ne compte pas. Na. (Mais je fais le tag avec les deux, PAL physique et PAL virtuelle.)

1. Un livre dont vous ne savez pas de quoi il parle

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Aucune idée. Piqué dans la bibliothèque de ma mère, qui m’a dit : « C’est excellent, prends-le. » Je ne l’ai pas contrariée de peur d’être privée de cannelloni.

2. Un livre qui est là depuis un an

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Au moins.

(En fait depuis sa sortie en 2009. Que le temps passe vite quand on est occupée à accumuler des bouquins.)

3. Un tome 2

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J’ai adoré le tome 1, pas eu le temps de lire le 2. L’histoire de ma vie, quoi.

4. Plusieurs livres d’une même série

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Dans un même bouquin. Donc ça compte pas, non ? (Oui, la photo est à l’envers, mais je ne sais pas la remettre à l’endroit. Oh, ça va, hein, on va pas en faire un fromage non plus.)

5. Un classique

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Acheté en octobre à l’expo géniale sur la littérature gothique de la British Library à Londres. Je crois que je l’ai déjà lu en français mais je n’en suis plus sûre.

6. Un livre qui vous fait vraiment très très envie

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Acheté sur les conseils de mon amie Chiffonnette. Mais j’ai peur que ce soit un peu difficile à supporter pour mon petit coeur tout mou alors je retarde sa lecture.

7. Un livre que vous gardez pour le lire dans une période précise

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Il me faut du temps et de la concentration pour lire ce bouquin qui a une forme narrative très particulière et complexe. Idéalement de longues vacances, donc. On va dire que dans trois ou quatre ans, il quittera la PAL. (Je ne suis qu’optimisme, c’est my middle name.)

8. Un livre que vous avez prêté sans avoir lu

Le dernier Jojo Moyes, qui est chez ma mère. (Donc pas de photo.)

9. Un poche

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Je ne sais même plus où et quand je l’ai acheté. Dans une gare il me semble. (Mon mari, qui lit par dessus mon épaule, dit que non, que je l’ai acheté chez Gibert.) (Et pour lui en fait.) (Mais j’adore cet auteur, btw. L’instinct de l’équarisseur est un de mes romans préférés.)

10. Un livre dont vous aviez complètement oublié l’existence

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Mais pourquoi, quand et où j’ai acheté ça ? Sans vouloir trop m’avancer, je pense que le mot « orgies » présent dans la 4ème de couverture, y est pour beaucoup. Sans compter le nom du personnage principal : comment résister à Arius le Barbare, gladiateur de son état ? Je suis so prévisible.

11. Votre prochaine lecture, promis, juré

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Mais je le mettrai à l’endroit pour le lire, promis, juré. (Oui, je voue une passion intense au Docteur. C’est l’homme de ma vie, à la télé, en romans et en BD. Je suis irrécupérable.)

12. Un pocket jeunesse

Je n’en ai pas. Je ne lis plus de jeunesse en dehors de ce que je traduis. Mais ma fille doit en avoir plusieurs dans sa PAL, elle.🙂

13. Un livre que personne n’a aimé (ou presque)

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Mais recommandé par un ami qui a aimé, lui. D’ailleurs c’est son exemplaire, là. Et je vais le lire dans pas longtemps, Beau Gosse, croix de bois, croix de fer, si je mens, je lirai Houellebecq.

14. Un livre que tout le monde a aimé

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Prêté par une de mes twinettes en plus, la grande Yueyin. Depuis genre 34 ans. Sans exagération aucune, you know me.

15. Un livre qui va être adapté au ciné

Nope. Bizarre, non ?

16. Un livre avec une tranche rouge

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Acheté à Londres il y a quelques mois, toujours à l’expo de la BL.

17. Un livre de votre auteur préféré

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Le dernier Stephanie Plum, que j’avais rangé ailleurs et donc oublié, oups. Je l’ai mis en haut de la PAL du coup, parce que Ranger et Morelli sont les deux amours de ma vie. (Après le Docteur, évidemment.)

18. Une suite de séries mais avouez, vous ne vous souvenez plus des premiers tomes.

J’ai plein de volumes de la série L’Alpha et l’Oméga de Patricia Briggs dans mon kindle, mais je ne sais même plus ce que j’ai lu ou pas. Envoyez-moi Tom Hiddleston pour me punir, vous serez bien urbains. S’il veut venir accompagné, pas de problème, je suis une femme ouverte à la sexytude de Channing Tatum.

19. Un thriller

Non, je n’en lis plus du tout. Et ce, depuis des années.

20. Un roman fantastique

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Déjà lu en français il y a très longtemps, un de mes romans préférés de tous les temps. (En VF, c’est La foire des ténèbres.)

21. Une dystopie

Nope. Je me suis arrêtée à Hunger games, je suis so vieux jeux. (Mais j’ai une vague idée pour en écrire une, on va voir, je laisse mûrir.)

22. Une romance / 23. Un roman dont l’auteur commence par la lettre C.

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Je n’ai strictement aucune idée de la manière dont ce roman est arrivé dans ma PAL. C’est un tome 6 en plus. Et je n’ai jamais lu cet auteur. Un mystère mystérieux.

24. Un livre qu’on vous a conseillé

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Conseillé la lumineuse et chatoyante Bobbysixreader, qui m’a dit : « C’est drôle, c’est délirant, c’est un vrai bordel, tu vas adorer, fonce. » (Ce que me recommandent mes amis me questionne sur la façon dont ils me perçoivent, mais je ne dis rien, parce que Bobbysixreader est une femme merveilleuse qui aime Michel Sardou.)

25. Plusieurs livres d’un même auteur

Dans mon kindle j’ai plusieurs bouquins de Susan Elizabeth Philipps, une auteure que j’aime beaucoup, mais que je lis avec parcimonie. (Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas moi-même. Je suis comme ça, une femme de mystère.) (Ou alors, j’avais oublié que je les avais téléchargés et je viens de les redécouvrir avec ce tag.) (Ahum.) (C’est pas comme si amazon ne m’avait pas dit à plusieurs reprises : « Vous avez déjà téléchargé cet article il y a 3 ans, vous avez Alzheimer. »)

26. Un livre avec « secret » dans le titre.

Cinderella’s secret diary (Book 1) de Ron Vitale. Qu’est-ce ? Au-cu-ne idée. C’est sur mon kindle, entre Wrong bed right guy et Here be sexist vampires dont les titres sont délicieux. (Et je ne sais pas non plus du tout de quoi il s’agit.) (Je pense que je souffre du clic compulsif, une maladie encore méconnue. J’ai toujours été early adopter.)

(OK. Je suis allée voir sur amazon : Cinderella’s secret diary est un roman de fantasy NA qui se déroule sous Napoléon. Wrong bed right guy, est, comme on pouvait s’y attendre, un traité sur l’évolution de la literie au cours des siècles et Here be sexist vampires contient de l’ « explicit vampy sex », ce qui, traduit grosso modo, veut dire que Kant l’a adoré.)

27. Le dernier livre que vous avez acheté (et qui est encore dans la PAL)

Quadruple assassinat dans la rue Morgue de Cécile Duquenne, une auteure que j’ai découverte avec Les Foulards rouges et que j’aime beaucoup.

28. Un livre acheté pour la couverture.

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Un comic-book. Je trouve la couverture super belle (elle brille) (je suis so superficielle, je sais), mais je ne sais même plus de quoi il est censé parler. (C’est de la SF, oui, ça on est d’accord, mais à part ça…)

Quand je vois ça, je me dis que malgré le désherbage, j’ai encore de la lecture devant moi. Et des surprises, apparemment. Chouette.🙂

(Le premier qui dit que j’achète n’importe quoi devra écouter Christophe Maé en boucle. Ou m’offrir mon poids en saucisson à l’ail.)

Et maintenant ?

(Ce billet a été initialement posté sur ma page auteur Facebook où il a été partagé plus de 700 fois en 24 heures. Abasourdie par sa rapidité de propagation, qui a évidemment commencé à attirer quelques commentateurs indélicats, je l’ai supprimé. Je le mets ici, histoire qu’il puisse être lu quand même.)

J’ai enseigné le français pendant 17 ans. J’en ai passé 11 dans des établissements dits « difficiles », classés ZEP ou sensibles, notamment dans le 93 et les arrondissements du nord et du nord-est parisien.
Et aujourd’hui, je suis de tout cœur avec mes collègues, qui depuis l’attentat de mercredi dernier font face à des réactions et des comportements de collégiens et de lycéens inadmissibles.
Il y a longtemps que l’école laïque va mal.
Il y a longtemps que l’Etat choisit de faire comme si tout allait bien, comme si les profs n’étaient jamais en butte à des réactions anti-laïques (parents qui refusent de serrer la main à une femme, qui refusent le programme parce qu’il va à l’encontre de leurs convictions religieuses, élèves qui refusent d’obéir « parce qu’on n’obéit pas aux femmes, elle doivent rester à la maison », filles que les parents ne veulent pas envoyer à la piscine), comme si dire « l’école est laïque » suffisait à en faire une réalité.
Pour des raisons de budget, les gouvernements successifs ont oublié depuis longtemps que l’éducation était une arme d’instruction massive.
On a supprimé des heures de français et d’histoire-géo pour les remplacer par des clowneries, alors que ces matières enseignent la réflexion et l’esprit critique. Pendant 17 ans, mon credo a été : « La chose la plus importante que vous devez retenir de l’année que nous avons passée ensemble est celle-ci : ne laissez jamais personne penser à votre place. Jamais. »
En 1834, à la fin de « Claude Gueux », Victor Hugo écrivait : « Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la ; vous n’aurez pas besoin de la couper. »
Nous avons fait tout l’inverse.

Nous avons fermé des classes, supprimé des heures, arrêté de recruter des profs pour les remplacer par des étudiants, démantelé les ZEP : nous avons décidé que l’éducation coûtait trop cher et nous le payons aujourd’hui.

Manipulée par les médias, qui ont leur part de responsabilités dans ce qui s’est produit, à force de tenir depuis des années un discours négatif et victimisant sur « les banlieues », l’opinion publique n’a de cesse de décrier les enseignants, ces privilégiés toujours en grève.
Non, les profs ne sont pas des privilégiés.
Les profs se battent depuis des années contre ce qui ronge le système : la laïcité mise à mal dans ces endroits dont personne ne veut entendre parler. Les profs font grève pour que justement on ne leur ôte pas les moyens d’enseigner, d’éduquer, de défricher les esprits pour y semer les graines de la tolérance et de l’esprit critique.
Les profs sont ceux qui tiennent les remparts du fort que la République française a bâti contre l’obscurantisme, l’intolérance et l’ignorance. Les profs se dressent, seuls, tous les jours, face à des gamins paumés et parfois agressifs qui refusent de penser.
Les événements de ces derniers jours vont avoir des conséquences.
L’une d’elle doit être le réinvestissement de l’école. Il faut redonner les moyens d’enseigner et soutenir ceux qui ont l’impression depuis des années de se battre contre des moulins à vent. Il faut arrêter de donner aux chefs d’établissement la consigne « de ne pas faire de vagues » et de cacher les incidents. La bienveillance inhérente à notre métier doit pouvoir s’accompagner de fermeté.
Il faut refaire de l’Education Nationale une priorité. Pas demain, pas un jour. Maintenant.

Crushe, moi ?

Bon, chers gens de l’Internet mondial, on va pas se raconter d’histoires.

(Enfin, si, j’aime ça, en raconter, mais parfois il faut savoir se recentrer sur l’essentiel et backer to basics comme elle dit Christina.)

L’heure est grave. L’heure sanglote, les yeux rouges. L’heure est tendue comme un string.

Je suis coincée au niveau 566 de Candy Crush, et cette fois-ci, il semblerait bien que ce soit la fin. L’heure a sonné, le glas a retenti (et vicéversa). Je ne suis que désespoir et tristesse, je n’ai plus goût à rien, même plus au Mac & Cheese. Bref, c’est la loose intégrale, version 2.0.

Or, voyez-vous, chers amis de l’Internet galatique, j’ai besoin de ma dose candycrushienne quotidienne (en plus de ma dose de bière, oui, nul n’est parfait et j’aime le houblon), surtout en ce moment où je taffe un peu comme une tarée que je suis, puisque j’ai décidé, dans un bel élan de quelque chose dont le nom m’échappe (connerie, me souffle mon agent), de faire une expérience scientifique et de voir ce que ça faisait de mener deux traductions de front. Oui, deux. Je bosse donc non stop en attendant les corrections de quelques bricolettes que j’ai écrites ici et là (et dont je vous reparlerai, n’ayez crainte, limite, je vais vous souler avec ça, mais en toute distinctitude, comme d’habituuuuuuude) et qui ne devraient pas tarder à arriver dans ma boîte mail. Je suis comme ça, farpaitement, so wild qu’il m’arrive de mettre du rouge à lèvres rouge vif, ouais, rien ne m’arrête.

Tout ça pour dire que si quelqu’un, dans sa grande bonté, a une ASTUCE pour passer ce putain de niveau à la con qui me casse les pieds, je lui vouerai une reconnaissance éternelle ET je lui enverrai un exemplaire dédicacé de L’homme idéal (en mieux).

Soyez bons, les gens, aidez un auteur en détresse.

Ce n’est pas toi que j’attendais – Fabien Toulmé

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Fabien et Patricia attendent leur deuxième enfant. Au Brésil, où ils vivent depuis longtemps, on ne pratique pas la prise de sang qui permet de dépister la trisomie 21. On se contente de la mesure de l’épaisseur de la clarté nucale. Lorsqu’ils décident de rentrer vivre en France alors que Patricia est enceinte de 3 mois, l’échographie morphologique est faite par un incompétent. Quand Patricia accouche six mois plus tard, c’est le choc : la petite Julia est trisomique.

Ce n’est pas toi que j’attendais est un récit éminemment touchant dans sa sincérité et son honnêteté. Fabien Toulmé raconte ce par quoi il est passé : l’angoisse irrationnelle pendant la grossesse suivie de cette impression que le ciel lui est tombé sur la tête, qu’il ne « méritait pas ça » et cette incapacité, qui a duré quelques mois, à accepter et aimer cette enfant. Il retrace son parcours de père et les obstacles auxquels il a été confronté : obstacles intériorisés tout d’abord (le désespoir, l’envie que cette enfant « disparaisse » d’une manière ou d’une autre) puis extérieurs (élever un enfant handicapé est un véritable parcours du combattant médical, le regard des autres, les remarques de la famille). Une BD d’une justesse émouvante.

Ce n’est pas toi que j’attendais, Fabien Toulmé, éditions Delcourt, 245 pages.

Repérée sur le blog de Jérôme, lue grâce à Anne-Véronique.

Participation à la BD du mercredi de Mango

BD du mercredi  Mango bleu 4

 

Atelier d’écriture

flamme

 

  Brasier

Elle est agenouillée devant moi. Nue. Les yeux bandés.

Sa respiration se fait plus profonde, plus régulière. Je sais qu’elle entre dans la zone, ce calme fait d’anticipation et d’abandon.

D’une pression de la main sur son épaule, je lui enjoins de se pencher en avant. Son dos s’étire, ses muscles se creusent, ses fesses se cambrent. Je m’agenouille à mon tour. Un murmure au creux de son oreille.

– Bras en avant.

Je lui lie les poignets. Elle pousse un petit soupir, comme si c’était ce qu’elle attendait.

La lueur des bougies jette des ombres mouvantes sur sa peau pâle, réclamant une histoire.

Je la contemple. Moi aussi je suis dans la zone. Le jeu a dressé sa bulle protectrice autour de nous et le temps s’étire, hors des lois de la physique.

La nuit nous appartient.

J’allume mes bougies à la flamme de l’une de celles qui nous éclaire. Une rouge et une bleue. Lorsque je me penche sur elle, mon ombre l’engloutit.

C’est alors que commence le ballet.

J’incline les fines chandelles et laisse goutter la cire sur son dos.

Elle tressaille.

De petites gouttes rapides et espacées pour commencer. Une bruine chaleureuse. Puis j’accélère le rythme. Je joue des bougies comme un batteur de ses baguettes, sans jamais la toucher. Je les fais rouler entre mes doigts. La cire dessine une constellation de petites taches rondes colorées. Des brûlures qui ne durent que le temps d’un soupir.

Je suspends mon geste. J’ai envie de composer un tableau. J’éteins les bougies et j’en allume deux autres, une noire et une orange.

Cette fois-ci, je laisse couler la cire plus longtemps : les taches s’étalent. Les brûlures la mordent le temps d’un gémissement. J’ajoute des planètes à ma constellation. Des trous noirs.

Puis je me redresse pour contempler mon œuvre. Un tatouage abstrait et éphémère.

Dans quelques instants, la caresse du martinet viendra brouiller la constellation des taches de cire et les zébrures se mêleront aux brûlures pour dessiner un paysage. Celui de mes fantasmes.

Il paraît qu’il ne faut pas jouer avec le feu. Moi, j’adore ça.

(Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture de Leiloona. N’allez pas croire que je vais en faire une habitude, c’est juste que la photo m’a plu. :-))

« Jésus : jamais joignable »

Tautogramme : texte totalement timbré. Ton titre tisse tes termes.

Ou, pour le dire différemment, texte dont tous les mots commencent par la même lettre.

Couv OK 5 Petits propos

C’est sur le blog de Jourde que j’ai découvert l’autre jour ce délicieux petit recueil, Petits propos pessimistes pour plaisanter presque partout, de Jacques Perry-Salkow et Frédéric Schmitter (édition des Equateurs). Hop, je me le suis procuré et re-hop, je me suis régalée.

« Existence : épreuve éliminatoire »

J’adore ce genre de recueils, qui mêle inventivité et poésie. Comme le disent les auteurs dans la préface, « De l’esprit à condition qu’il soit mal tourné, et des lettres pourvu qu’elles aient mauvais caractère ! » Dans ce recueil dédié, entre autres, à Alphonse Allais, on croise des définitions percutantes :

« Faucheuse : femme fatale », « Walkyrie : Wonder Woman wagnérienne »

et de jolis textes, à l’humour parfois noir (« Mauvaise mine ») ou délicieux (mon préféré : « Rapports : Rimmel ravageur, rotoplots rehaussés, robe retroussée, résilles ravaudées, Rose racolait rue Rambuteau. Rupins, roturiers ralentissaient, reluquaient, ramonaient, repartaient rapidement reboutonnés, ragaillardis, ruinés. »)

Un petit ouvrage complètement inutile et donc parfaitement indispensable.

Allez, un dernier pour la route :

« Corse : chapitre censuré. »

« C’était le royaume le plus proche de celui de la Reine, à vol d’oiseau. Sauf que même les oiseaux ne s’y rendaient pas. »

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Il était une fois un royaume protégé par une montagne imprenable. Nul ne s’y rendait, sauf les nains, qui, comme chacun le sait, traversent les montagnes par en dessous. Dans ce royaume, bien au nord, dort depuis soixante-dix ans une princesse maudite qui s’est piquée au rouet le jour de son anniversaire. Et, depuis un an, le sortilège se répand de manière inexplicable dans tout le royaume. Alertée par les nains, la Reine décide d’aller délivrer la princesse…

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Avec The sleeper and the spindle (Bloomsbury, 2014, 70 p.), Neil Gaiman et Chris Riddell livrent un conte absolument magnifique. Gaiman reprend des éléments de La Belle au bois dormant et de Blanche-Neige pour en écrire une version personnelle, sombre et terrible, où une sorcière (« une mauvaise fée » disent certains, « une enchanteresse » prétendent les autres) a volé la jeunesse et la beauté d’une jeune fille innocente et créé une armée de morts-vivants somnambules pour s’approprier le pouvoir. (Oui, je sais, c’est le meilleur pitch de l’univers, or what ? Neil est un dieu vivant.)

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Mais c’était sans compter sur l’intervention de la Reine, qui, au terme de sa quête, est enfin à même de faire ses propres choix et de mener la vie qu’elle entend mener, loin de ce qu’on attend d’elle.

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J’ai tout aimé, des personnages, qui ne sont pas forcément qui ils paraissent (mais dans les contes, il faut toujours se méfier des apparences, n’est-ce pas ?) et qui s’éloignent parfois des sentiers que l’on a battus pour eux, à l’histoire, noire avec un soupçon de folie, en passant par les illustrations sublimes de Chris Riddell. Un ouvrage à lire, à relire, à offrir. Génialissime.